Qui est Etty Hillesum ?

Samedi 8 Novembre 2014   après-midi  Etty Hillesum

Au théâtre de l'Astrée - La Doua - 6 avenue Gaston Berger - Villeurbanne  (69)

 

Etty Hillesum, jeune femme juive née en 1914, morte à Auschwitz,Etty-Hillesum-caldeira-confrence-spectacles écrit son journal de 1941 à 1943.

Celui-ci est publié en 1981.

Il connaît un succès fulgurant.  Pourquoi un tel accueil ?

La personnalité d'Etty, son cheminement intérieur, sa relation avec le quotidien qui devient de plus en plus infâme,

sa recherche constante du mot qui exprimera la beauté des multiples fragments de la vie,

ses observations inédites, révèlent une artiste – poète, devancière de notre temps.

 

 

Une Vie bouleversée : extraits

« Il faut bien qu'il y ait un poète dans un camp, pour vivre en poète cette vie-là (oui même cette vie-là) et pouvoir la chanter. »

« Je ne savais comment approcher la vie. J'ai appris à rejoindre la vie qui était en moi... Comme la vie est belle ! Comment ferai-je pour décrire tout cela ? Trouver des mots colorés, passionnés et graves aussi.. ; mais par dessus tout des mots simples. Camper en quelques touches tendres, légères mais puissantes... »

« Je voudrais n'écrire que des mots insérés organiquement dans un grand silence. En réalité les mots doivent accentuer le silence... Quelques coups de pinceau délicats … et tout autour un grand espace, non pas un vide, disons plutôt un espace inspiré. Je hais l'accumulation de mots. Il faut si peu de mots pour dire les quelques grandes choses de la vie... je voudrais tracer ainsi quelques mots au pinceau sur un grand fond de silence. Et il sera plus difficile de représenter ce silence, d'animer ce blanc, que de trouver les mots... » vendredi 5 juin 1942

«  On a parfois du mal à concevoir et à admettre, mon Dieu, tout ce que tes créatures terrestres s'infligent les unes aux autres en ces temps déchaînés. Mais je ne m'enferme pas pour autant dans ma chambre, je continue à regarder en face, je ne me sauve devant rien. Je cherche à comprendre et à disséquer les pires exactions, j'essaie toujours de retrouver la trace de l'homme dans sa nudité, sa fragilité, de cet homme bien souvent introuvable, enseveli parmi les ruines monstrueuses de ses actes absurdes. » mardi 26 mai 1942

« Je m'étais couché de bonne heure et, de mon lit, je regardais au dehors par la baie ouverte. On aurait dit, une fois de plus, que la vie avec tous ses secrets était tout près de moi, que je pouvais la toucher. J'avais l'impression de reposer contre la poitrine nue de la vie et d'entendre le doux battement régulier de son cœur. J'étais étendue entre les bras nus de la vie et j'y étais en sécurité, à couvert. Et je pensais comme c'est étrange ! C'est la guerre. Il y a des camps de concentrations. De petites cruautés s'ajoutent à d'autres cruautés... Je connais l'air traqué des gens, l’accumulation de la souffrance humaine, je connais les persécutions, l'oppression, l'arbitraire, la haine impuissante et tout ce sadisme. Je connais tout cela et je continue à regarder au fond des yeux le moindre fragment de réalité qui s'impose à moi. Et pourtant, quand je cesse d'être sur mes gardes pour m'abandonner à moi-même, me voilà tout à coup reposant contre la poitrine nue de la vie, et ses bras qui m'enlacent sont si doux et si protecteurs – et le battement de son cœur, je ne saurai pas même le décrire : si lent, si régulier, si doux, presque étouffé, mais si fidèle, assez fort pour ne jamais cesser ; et en même temps si bon, si miséricordieux. Tel est une fois pour toute mon sentiment de la vie, et je ne crois qu'aucune guerre au monde, aucune cruauté humaine si absurde soit-elle, n'y pourra rien changer ; » samedi 30 mai 1942

 

Vie d'Etty Hillesum